Fabian da Costa
Fabian da Costa

Les Royannais vous ouvrent un de leurs plus beaux paysages

« Au coeur du Parc, le pays du Royans a une identité historique forte, une intercommunalité réelle, des pratiques collectives anciennes : ce projet culturel transversal confirme et nourrit cette identité. Le site de Combe Laval est emblématique, la fierté collective s’est traduite par un “faire ensemble” extraordinaire pour le donner à voir. Les artistes nous ont fait un cadeau, tout est gratuit, des fenêtres s’ouvrent par la générosité de multiples acteurs. »

René Costarella, vice-président à la culture de la Communauté de communes du Pays du Royans, poursuit : « Nous avons la chance de pouvoir associer des savoir-faire ambitieux – ceux du Parc et du CPIE, ceux de l’art et du spectacle (Lieu d’art La Halle, ACCR-5e saison) – avec la connaissance du terrain de l’office du tourisme et l’implication de compagnons de route. Les écoles (393 enfants) et les ateliers picturaux (centre social, MGEN) ont réalisé des oeuvres collectives ; les musiciens, les conteurs, les artistes-acrobates du Royans-Vercors, l’atelier théâtral de la Providence, Royans d’Hier et d’Aujourd’hui participent à l’événement. »

Le milieu rural a besoin d’interventions artistiques

« Fenêtres sur Combe Laval organise une rencontre entre habitants et artistes : cinq artistes, venus en résidence, proposent un geste artistique dans la Combe. De même qu’un rêve d’une seconde peut ensuite donner lieu à un très long récit, ces gestes sont des condensés de ressentis et de savoirs, de rapports à l’homme et au paysage. Ils concentrent de multiples questions – sur une Combe vivante, minérale et végétale, cultivée, parcourue depuis la préhistoire – qui ont été déployées dans un livret réalisé avec le CPIE, qui accompagne le parcours. » « Le cirque de Combe Laval, bordé par des falaises d’une centaine de mètres de hauteur, s’enfonce de plus de 4 km dans le massif du Vercors (une des plus grandes reculées de France). Il est reconnu par le Département en tant qu’Espace Naturel Sensible, la Région (PNR du Vercors), l’État (classé depuis 1991), l’Europe (Natura 2000). La dynamique collective créée par le projet culturel va se poursuivre dans deux directions. D’une part réfléchir aux questions des habitants : comment réhabiliter le sentier qui, au fond de la combe, mène à la résurgence du Cholet ? Comment préserver la route du col de la Machine ? D’autre part, l’élaboration d’un plan de gestion du site, avec tous les riverains, usagers et acteurs (ENS, Parc, Natura 2000), démarre en juin. » 

Quatre nymphes et le dieu Pan dans les forêts de Combe Laval

Le dieu Pan est revenu, il a revêtu un costume sous sa peau de bête, sonné l’appel des animaux ; il a arrêté la chute des falaises, saisi un énorme bloc roulé par le Cholet au fond de la Combe, lui a fait remonter le temps et la pente… « Nous ne faisons qu’un » : le rocher, coupé net, est resté suspendu entre trois arbres, là-haut sous Frochet, dans la forêt de haute futaie où de temps à autre passe un cavalier. On retient son souffle. À peine plus loin, là où la forêt s’éclaircit en jeunes frênes et noisetiers, un sentier zigzagant mène à un petit « abri hybride », tricoté de ruban agricole vermillon, tissé de feutre de mouton, suspendu au tricot spontané des lianes… Quelle nymphe feutreuse a laissé là son rouge chaperon ? La forêt plonge vers la combe, vers le jaillissement des eaux sur le monument de tuf de la cascade du Frochet. Là, l’ancienne voie empierrée s’anime des traces de « cheminement » d’une nymphe des “pas plantés”. On y croise une verte « ligne de vie », qu’une nymphe-liane a mené par pierres et ponts, murs et troncs, reliant le coeur vivant de la forêt aux villages. Ligne aussi folle que le Cholet, cette impétueuse résurgence, que pas moins de trois étranges ponts historiques enjambent. Sous l’impressionnant viaduc du tram, une nymphe polychrome a planté son vibrant labyrinthe en « quadrichromie » : alors toutes les couleurs de la Combe explosent, sa verticalité spectaculaire se dresse dans la lumière, un profond plaisir nous envahit.

Olivier de Sépibus « Nous ne faisons qu’un » « Panta rei… Tout passe, aurait dit Héraclite, tout chute. Dans la reculée de Combe Laval, l’érosion géologique est accélérée. L’homme intervient dans cette dynamique, enserre les falaises dans ses filets. J’ai arrêté une pierre, je l’ai coupée, suspendue à des filins, je me suis demandé quel équilibre était possible avec les arbres. Quelle possible harmonie ? » www.olivier-de-sepibus.com
Stéphanie Cailleau « L’abri hybride » « Je suis fille d’agriculteurs, les matériaux agricoles m’intéressent. Quand Didier Fleury (ONF) m’a montré ce lieu dans la forêt, expliqué comment la nature recolonisait une ancienne pâture, quand j’ai vu ces lianes mi-animales, j’ai pensé à un abri hybride, où les frontières entre les règnes deviendraient un peu floues. Et un abri, dans la forêt des contes, des brigands : qui l’habite ? » www.stephaniecailleau.fr
Fabian da Costa
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Djamila Hanafi « La ligne verte » « Pendant 5 ans j’ai rempli de terre mon atelier de Valence, vécu avec cette matière brute ; en 2009, j’ai emmené un arbre sur mon dos de Crest jusqu’à l’arboretum d’Oxford. Mais le paysage, c’est aussi les gens. Cette ligne-électrocardiogramme verte les relie : prendre le pouls d’un système vivant, en prendre soin. »

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[Plan-de-Baix]

Liliane Padoy-Chevreau « Cheminement » « Je suis très sensible à la masse physique comme au poids historique du Vercors, je travaille depuis longtemps sur les “destins” et sur l’empreinte des hommes. Depuis la préhistoire, le cheminement humain a partout laissé des traces dans Combe Laval. J’ai voulu les montrer, comme sur un carreau de fouille archéologique, et dans cette zone Natura 2000, planter ces pas de plantes… locales ! » [Sainte-Eulalie]
Fabian da Costa
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Marie-Lorraine Peignier « Quadrichromie » « Depuis 10 ans j’observe la course du soleil et les couleurs de la montagne, je m’intéresse à comment montrer des paysages ayant une telle échelle. Le choix du lieu à Combe Laval, sous le pont du Tram, s’est imposé. Un cube vertical comme les falaises, horizontal comme les ponts, dans l’axe et à la taille d’une arche, ouvert d’une faille, nous redonne notre propre échelle dans le paysage. La vibration des couleurs des 70 liteaux, qui changent avec le soleil, fait apparaître très finement le paysage derrière. » [Saint-Pierre de Chartreuse]

  • Photographies de Fabian da Costa « J’ai essayé de faire passer mon objectif à travers ces fenêtres sur la Combe Laval pour montrer les liens qui peuvent se tisser entre le paysage et l’oeuvre artistique humaine. Sans oublier les rencontres avec les enfants, les adultes et les handicapés associés à ce projet dans le cadre d’ateliers artistiques dont les oeuvres sont aussi installées en divers endroits du Royans. »