Créée en 2008, la société installée dans le Royans a inventé le stockage solide de l’hydrogène. De sacrées perspectives pour les énergies renouvelables.
JPEG - 68.7 ko

Sur Terre, l’énergie solaire ou éolienne abonde. Le problème est de la stocker pour la restituer selon les besoins. Voilà ce qui a motivé des recherches de McPhy Energy. La société, installée à La Motte-Fangas, dans le Royans, multiplie les projets innovants. En 2012, est inauguré en Corse le projet HyCube, une première mondiale : à partir d’une ferme photovoltaïque disposant d’une chaîne de stockage d’hydrogène, une centrale alimente 200 foyers. L’invention intéresse les fermes d’Abu Dhabi.

Des véhicules à hydrogène, considérés comme l’avenir du transport routier, sont testés sur une « autoroute à hydrogène » qui relie la Scandinavie à l’écosse via l’Allemagne. Des voitures sont alimentées par des piles à combustible fonctionnant à hydrogène : une pile d’un kilo permet de stocker l’énergie nécessaire pour parcourir une centaine de kilomètres. Dans le Royans, on appelle « engivanage » ce talent qui mêle savoirfaire, idée nouvelle et astuce dans la réalisation. Michel Jehan, ingénieur métallurgiste distingué par le prix spécial du jury Chéreau-Lavet de l’ingénieur inventeur, est passé du Pas-de-Calais sidérurgique aux ferro-alliages savoyards, puis à Romans où il crée sa première société Créée en 2008, la société installée dans le Royans a inventé le stockage solide de l’hydrogène. De sacrées perspectives pour les énergies renouvelables. qui fabrique jusqu’à 400 tonnes mensuelles de poudres de magnésium.

JPEG - 20.7 ko

En 2005, l’entreprise est en faillite mais l’homme rebondit. Il a 60 ans. Son ami Daniel Fruchart, directeur de recherche au CNRS (Institut Néel à Grenoble), a démontré les qualités du magnésium pour le stockage de l’hydrogène ; ensemble, ils passent au stade industriel. McPhy Energy est créée en 2008. Michel Jehan y amène son équipe romanaise, recrute de jeunes ingénieurs. Des investisseurs apportent 13 millions d’euros en 2009-2010, adossés à des aides européennes pour la mise au point des procédés ; en 2011, l’entreprise est nominée au top 100 mondial des entreprises éco-innovantes. McPhy Energy emploie désormais 55 salariés et a débuté cette année la production industrielle des réservoirs d’hydrogène.

Produit par électrolyse de l’eau, l’hydrogène est stocké dans les galettes de magnésium pour devenir des piles à combustible performantes. Un seul tube de McPhy empile 100 galettes et stocke 4 à 5 kg d’H2 à basse pression, sous un faible volume et, surtout, sans danger (1kg d’H2 fournit 33 kwh). Ces réservoirs pourraient assurer, (quand le prix de rachat EDF aura baissé), une autonomie énergétique à partir du solaire ou de l’éolien.

« Une expérience va débuter en Isère, avec la microcentrale hydroélectrique de Pont-de-Beauvoisin, pour produire de l’hydrogène la nuit, aux heures où le tarif EDF chute. » Pascal Mauberger, président du directoire, poursuit : « Nous avons installé, avec le support d’Oseo, sur notre site de La Motte Fanjas, un système de générateur-stockage pour alimenter nos propres besoins, faisant ainsi la démonstration de nos produits pour les industriels. » McPhy, nouvelle étoile du Vercors à sa manière…

Simple comme une pastille

McPhy Energy a réussi à compacter des pastilles de poudre de magnésium qui absorbent l’hydrogène comme des éponges, ce qui a pour effet de produire de la chaleur. Ces galettes de 30 cm de diamètre sont empilées dans un tube entouré d’un alliage breveté, qui a la propriété de stocker la chaleur produite. Pour récupérer l’hydrogène stocké, il suffit d’ouvrir le réservoir et de faire baisser la pression, ce qui refroidit le tout. Cet alliage a été baptisé « Métal à changement de phase », soit MCP Hy… d’où McPhy !

Catherine Flament