Des trois jeunes gypaètes relâchés en juin dernier dans le Vercors, Cordouane a toujours été la plus curieuse...

Première à prendre son envol, première à sortir du territoire du Parc du Vercors, elle est également depuis hier la première à quitter la France…

Elle a troqué la couleur bleue de notre drapeau tricolore pour le vert de l’Italie, attirée par l’odeur des spaghettis et la langue chantante de ses habitants !! Son dernier point GPS à été enregistré aux abords du Parc National du Grand Paradis, entre Aoste et Turin.

Cordouane, voyageuse dans l’âme a commencé par visiter en septembre les Ecrins puis en octobre l’Alpe d’Huez, allongeant toujours plus loin ses pérégrinations culturelles et sa connaissance des montagnes françaises. Puis, cet hiver, les Baronnies... Pour autant, elle reste très attachée à son lieu de lâcher puisque jusqu’à présent, elle est toujours revenue de ses voyages en s’accordant une petite halte dans le secteur de son lâcher, voire dans sa cavité !

Ne restant pas très longtemps au même endroit, elle prospecte à droite à gauche, peut-être pour choisir le meilleur territoire possible pour sa future installation ? Ou surement......pour être sûre que le Vercors est le plus beau des territoires !!! Bien entendu, ceci n’est pas encore pour tout de suite car les gypaètes commencent à avoir des comportements territoriaux vers 4 ou 5 ans et que notre ermite entre seulement dans sa deuxième année.

Les gypaètes relâchés l’an passé sur le Parc sont équipés d’émetteurs GPS qui se « connectent » trois fois dans la journée : à 9, 11 et 15 heures. Nous n’obtenons cependant pas de données tous les jours car en fonction de l’endroit où l’oiseau se situe, la connexion est plus ou moins bonne, certaines fois même impossible.

Ce système de localisation ne nous permet pas d’interpréter le vol des oiseaux d’un point à un autre sur la carte car ceux-ci n’ont probablement pas fait un trajet « direct » ; les données que nous recueillons sont uniquement utilisées pour le suivi, elles nous permettent de connaître, comparer, et d’en savoir plus sur le comportement de ces jeunes casseurs d’os.

Cordouane a donc passé l’hiver principalement dans les Baronnies, s’alimentant en compagnie de vautours fauves sur les placettes d’alimentation des Baronnies, et de temps en temps sur celle du Vercors. Et samedi dernier, le 9 avril, ...… « paf », son GPS nous indique qu’elle a pris la poudre d’escampette pour le Nord Est du Dévoluy. Non contente de s’arrêter dans un coin qu’elle a déjà survolé, elle continue son périple direction les Ecrins et est enregistrée le dimanche 10 avril à 9h et à 11h par son GPS non loin de La Grave. Après cette petite pause (culinaire ?), elle repart aussitôt et à 15h le même jour, elle est pointée en plein cœur de la Vanoise.

Le lendemain, stupeur et consternation : Cordouane quitte le sol français !

Nous savons bien que ce n’est pas là son pays de naissance (l’oiseau provient de République Tchèque) mais quitter sans prévenir sa terre d’accueil n’est quand même pas très correct !!!

Avait-elle ses papiers en règle ? Oui et non. Elle avait obtenue l’autorisation de traverser l’Europe (mais pas la Suisse !) pour être relâchée sur le Vercors, mais pas pour un trajet inverse. Et après tout, que représente une limite administrative pour ces oiseaux ???

Son comportement n’est pour autant pas anormal, les gypaètes juvéniles parcourant souvent de longues distances avant de s’installer. Nous espérons cependant son retour sur le Vercors, chose probable puisque ces oiseaux sont philopatriques et que Cordouane a déjà montré son attachement pour son lieu de lâcher.

Ce départ pour de nouveaux horizons nous permet juste de constater des différences de comportements entre les trois oiseaux lâchés en 2010 dans la même cavité :

  • Lousa, la plus fidèle et casanière est restée jusqu’à présent strictement cantonnée au Massif du Vercors, ne se mêlant pas aux curées des vautours fauves sur la placette d’alimentation pourtant située toute proche... Elle trouve elle-même sa nourriture sur les pentes de nos montagnes.
  • Stéphan, nous laissant sans nouvelles depuis sa récente fugue auprès de nos services secrets (voir article précédent) avait élu comme domicile, les massifs du Verdon et du Mercantour.
  • Il n’y a que Cordouane qui ne semble pas vouloir s’intéresser à un massif particulier, se laissant porter au gré des « courants » aériens, suivant le fil de sa pensée bohème, toujours en quête d’aventures, de paysages... Sa soif de voyages vers de nouvelles contrées est impressionnante. Saura t’elle la rassasier un jour ???
  • Les kilomètres ne semblent pas lui faire peur, elle les avale sans broncher. Notre envoyé spécial à pu recueillir ses derniers propos, juste avant qu’elle ne franchisse la frontière : « Maa ciao Francia, per me il sole, canzoni d’amore, a me la mozzarella pomodoro, Venezia, Roma, cultura e storia ... la libertà !!!! »

Marie